le marcheur de la 321

Chaque mercredi matin, je quitte mon rang et le village pour livrer ma vingtaine de douzaines d’oeufs en ville.

Chaque mercredi, je voyais un homme marcher le long de l’autoroute avec son petit chien. On roule vite sur la 321 quand même. 90 kilomètres à l’heure. Et autant la marche est une activité et un mode de transport qui me parle énormément, autant mes quelques petites excursions sur mon rang m’ont convaincu que c’n’est pas ici que je vais reprendre l’habitude de marcher de longues distances.

Le transport actif c’est dans mon top trois de choses qui me manquent le plus depuis qu’on s’est installés en milieu rural. Je pense à mes vélos adorés dans le vieux garage ici et j’en ai la larme à l’oeil. C’est identitaire pour moi.

Donc quand je voyais ce monsieur, qui marchait malgré tout–malgré les camions de transport, malgré la pluie, malgré les vitesses, malgré le bruit–ça me donnait espoir. Espoir que l’être humain peut trouver des solutions, bien qu’imparfaites, à ses dilemmes, ses déchirements. Espoir que non, on se fait pas nécessairement rouler sur le corps si on tente notre chance à pied sur les routes du coin. Espoir aussi qu’on peut se faire à une routine exigeante si on y travaille, si on le veut.

J’ai lu, y’a trois jours, que cet homme s’appelait Gérald Laviolette et qu’il est décédé le 1er janvier. Il était atteint de cancer des poumons, a vécu plus longtemps que ces docteurs l’escomptaient et il marchait pour sa santé.

Merci M.Laviolette d’avoir susciter ces réflexions en moi. Tes kilomètres quotidiens m’ont aidé à penser ma vie ici dans la Petite-Nation.

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